Guérison de la femme courbée le jour du Sabbat

27e dimanche après la Pentecôte (Eph. 6, 10-17 ; Luc 13, 10-17)

Homélie prononcée par le Père André le dimanche 28 novembre 2010

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,

Nous sommes entrés dans la période du carême de Noël depuis maintenant deux semaines. Dimanche dernier, c'était la fête de l'Entrée au Temple de la Sainte Mère de Dieu, la grande fête du début de cette période de préparation à Noël. Nous sommes dans une période, à partir de maintenant, tout le mois de décembre et encore le mois de janvier, où nous avons l'occasion de célébrer beaucoup de saints parmi les plus grands.

Dans deux jours, c'est la fête de saint André, c'est pourquoi, comme vous l’avez entendu, on a chanté déjà le Tropaire et le Kondakion en son honneur. Ce n'est pas simplement parce que c'est mon saint Patron, mais c'est un Apôtre éminent parmi les Apôtres, le premier appelé, et c'est aussi le saint Patron et le protecteur de notre Patriarcat. Je crois que nous devons y penser, et prier saint André pour qu'il protège effectivement notre Patriarcat Œcuménique de Constantinople. Nous savons toutes les difficultés que doit affronter notre Patriarche, et il a vraiment besoin de la prière de nous tous.

L'Evangile d'aujourd'hui, du 27e dimanche après la Pentecôte, nous rapporte cette guérison d'une femme qui était courbée, une guérison qui se produit dans la synagogue un jour de Sabbat. Parce que le jour du Sabbat, c'était le jour où le peuple d'Israël se réunissait dans la synagogue pour la prière. Et l'Evangéliste Luc précise que Jésus était là pour enseigner. C'était son habitude : tous les Sabbat, le Seigneur allait à la synagogue et là, généralement, Il enseignait. Plusieurs autres circonstances nous sont rapportées par les évangélistes, par exemple le jour où c'est Lui qui lisait le prophète Isaïe (Luc 4, 16-21). Et, comme c'est arrivé souvent, le Seigneur profitait de cette réunion à la synagogue pour guérir des personnes qui se trouvaient là et qui étaient malades, ou qui avaient une infirmité. Et, comme presque toujours, les responsables religieux le Lui reprochent parce que le Sabbat, c'est le jour du repos et, ce jour là, on n'a pas le droit de faire des guérisons.

Mais en fait, par cette guérison, Jésus nous montre quel est le vrai sens du Sabbat. En effet, voilà une femme qui avait une infirmité depuis dix huit ans, donc une période très longue. Et l'Evangéliste Luc nous précise que c'était par l'effet d'un esprit mauvais. Et un peu plus loin dans le discours, il dit que c'est Satan lui-même qui la tenait enchaînée, qui l'empêchait de se tenir debout, qui lui imposait ce fardeau, qui faisait qu'elle était courbée. Eh bien, cette femme qui portait ce fardeau depuis de longues années, elle peut enfin se reposer, elle peut enfin entrer dans le repos du Sabbat, parce que, enfin, elle est libérée du fardeau qui pesait sur elle. C'est cela le vrai sens du Sabbat.

Mais nous tous, ne sommes-nous pas, comme cette femme, courbés sous le poids des soucis, sous le poids des servitudes de la vie, une vie qui parfois pèse lourd sur nos épaules ? Et ce qui pèse lourd aussi, c'est peut-être le poids de nos péchés. Eh bien, seul le Seigneur peut nous redresser, comme Il le dit ailleurs : « Vous qui êtes accablés, vous qui êtes fatigués, venez à Moi et Je vous donnerai le repos » (Matth. 11, 28).

Le repos, c'est un autre mot pour le Sabbat. Le Sabbat, c'est le jour où le Seigneur s'est reposé de son œuvre de création, comme nous le dit la Genèse (Gen. 2, 2). Et pour nous, pour les hommes, le Sabbat, c'est le jour où nous nous reposons de nos travaux.

Mais pour nous, le travail est lié à notre condition déchue. Bien sûr, dans un sens, c'est une grâce de travailler, parce que c'est une manière de participer à l'œuvre divine, en tant que créatures de Dieu, créés à l'image de Dieu, avec l’image de Dieu imprimée en nous. Mais en même temps notre condition est de participer à ce monde déchu. Nous sommes dans les deux plans à la fois. Et avec la chute, le travail prend une autre tonalité. Le travail, c'est ce qu'il faut faire pour gagner sa vie, comme c'est dit dans la Genèse, après le péché : « Maintenant tu gagnera ton pain à la sueur de ton front » (Gen. 3, 19). Donc le fait de travailler est lié aussi au péché dans ce sens là. Mais ce travail nous amène à son tour à commettre des péchés, parce que dans la vie, pour gagner notre pain, justement, nous sommes en concurrence les uns avec les autres, et le pain que nous mangeons, parfois nous le prenons à d'autres. Donc immanquablement, notre travail est lié à notre condition déchue et nous entraîne au péché. Et le Sabbat a aussi ce sens, pour nous, de renoncer à nos œuvres mauvaises, d'arrêter notre travail lié au péché.

Alors, nous voyons ici que, bien loin d'être en contradiction avec le commandement de ne pas travailler le jour du Sabbat, le Seigneur accomplit pleinement le Sabbat lorsqu'Il permet à cette femme de se remettre debout et de glorifier Dieu. « Le Seigneur redresse ceux qui sont courbés, le Seigneur relève ceux qui sont abattus », nous le chantons dans le Psaume 145 qui est l’une des Antiennes au début de la Liturgie.

Et donc le Seigneur, comme Il a permis à cette femme de se redresser en lui disant tout d'abord : « Femme, tu es guérie de ton infirmité », puis en lui imposant les mains, à nous aussi Il nous permet de nous redresser. Cet épisode de l'Evangile est vrai pour nous tous qui ployons sous les difficultés, sous le poids de la vie tout simplement. Le Seigneur nous relève, nous allège et, avec Lui, « ce joug devient doux et ce fardeau devient léger » comme Il nous l'a promis également (Matth. 11, 30).

Le vrai Sabbat, c'est donc d'être libérés des soucis du monde. Notre démarche, lorsque nous venons à l'église pour célébrer la Liturgie, consiste justement à déposer tous ces soucis, comme nous allons le chanter dans quelques instants avec le Chérubikon : « Déposons maintenant tous les soucis de ce monde ». Dans la Liturgie, nous pouvons déposer nos soucis aux pieds du Seigneur, et nous relever, nous tenir debout, car la position pour la prière est d'être debout, en tout cas quand on n'est pas malade. Bien sûr, il arrive aussi que nous soyons malades : dans ce cas là, nous ne pouvons plus être debout, mais nous prions alors pour que le Seigneur nous relève.

Et ce qui est frappant c'est que, aussitôt que cette femme est guérie et qu'elle se redresse, alors elle se met à glorifier Dieu. Ainsi, elle répond exactement à notre vocation à tous. Notre vocation, c'est effectivement de nous tenir debout pour glorifier Dieu. Nous ne sommes pas faits pour rester dépendants. Le Seigneur a guéri bien d'autres personnes. A chaque fois, Il leur dit : « Maintenant va, redresse-toi et marche, tu es un homme, tu es debout, tu ne dépends plus de l'aide des autres ».

Bien sûr, l'aide, on l'apporte, et on doit continuer à l'apporter à ceux qui sont malades, à ceux qui ont des fardeaux trop lourds à porter, nous devons les aider. C'est ce que saint Paul dit aussi dans l'Epitre aux Galates : « Portez les fardeaux les uns des autres » (Gal. 6, 2). Mais, avant tout, c’est le Seigneur qui allège le poids de nos fardeaux, en le prenant sur Lui-même. Il prend le péché du monde, comme le dit saint Jean-Baptiste dans l'Evangile de Jean : « Voici l'Agneau de Dieu qui prend le péché du monde » (Jean 1, 29). Prendre le péché, prendre le fardeau, c'est bien de la même chose que nous parlons.

Voilà pourquoi, autant que nous le pouvons, nous sommes debout pour glorifier Dieu, car c'est bien cela notre vocation.

Amen.