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Père André Jacquemot
Texte
légérement augmenté d’une communication
à la journée de rencontre organisée par
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Plan
1.1.
1.2.
La prière : contenu principal de
1.3.
Lecture commune de
2.
2.1.
La lecture da
2.2.
Textes bibliques intégrés dans les offices
2.3.
Les prières formulées dans le langage de
3.
La question de l’interprétation
3.2.
Le problème des traductions
4.
4.2.
La prière du Nom de Jésus
1.
Je ne suis pas un spécialiste de
2.
La problématique posée pour cette rencontre, et qui se comprend dans le contexte
de notre monde déchristianisé, n’était pas la mienne a priori. Je tenterai
malgré tout d’y répondre, mais en suivant mon propre fil conducteur qui est
la prière.
3.
Avant d’entrer dans mon sujet, je commencerai par des réponses rapides à
deux questions pour poser des repères.
-
Tout
ce qui touche à la foi (
La
prière, pour celui qui la pratique, est une évidence (ce qui, par ailleurs, n’exclut
pas questionnement, remise en cause…). C’est un besoin vital, comme se nourrir
et respirer : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute
parole qui sort de la bouche de Dieu… » (Matth. 4, 4 citant Deut. 8, 3).
-
Mais
je dirai que l’objet premier de
Ceci
m’amène à la question que je voudrais développer maintenant : le statut
de
1.1.
Nous
verrons (§ 2.3) comment le canon eucharistique de saint Basile met en perspective
cette histoire du salut.
Si
on prend
Le
Christianisme n’est pas une « religion du livre » (c’est l’Islam
qui nous a classés ainsi). C’est une religion de l’Incarnation.
Les
livres de
On
ne peut parler de Dieu qu’en partant de la rencontre avec Lui, de la relation
avec Lui.
La
nature de
Parole
et sacrement ne font qu’un :
1.2.
La prière : contenu principal de
Il
est impossible de mentionner toutes les prières qui jalonnent aussi bien l’Ancien
que le Nouveau Testament.
Les
premiers hommes ont très vite commencé à invoquer le Nom du Seigneur (Gen. 4,
26). Par la suite, sans compter les 150 psaumes, qui représentent la prière par
excellence pour toutes les situations concrètes de la vie, il y a les multiples
prières des personnages bibliques, comme le cantique de Moïse après le passage
de
Jésus
Lui-même priait
(comme nous le rapportent de nombreux passages des Evangiles). A titre
d’exemples, je citerai la prière sacerdotale (Jean 17, modèle de prière
d’intercession) : « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils
afin que ton Fils te glorifie… », la prière eucharistique (à
1.3.
Lecture commune de
La
lecture de
C’est
lorsque
-
La première est exprimée par Jean Chrysostome : « On dit que nous
pouvons prier en restant chez nous. Bien sûr, la prière chez soi est possible
(la prière dans sa chambre est même recommandée), mais cette prière n’est
pas comparable à celle qui s’accomplit dans l’église où une multitude de
cœurs s’élève vers Dieu dans un seul élan. Il existe dans l’église
quelque chose qu’il n’y a pas dans ta chambre : l’harmonie,
l’unanimité, l’amour de tous. »
-
La deuxième raison tient au mode de lecture. Les paroles des prières, des textes bibliques ou
hymnographiques ne
sont pas lues dans le mode parlé ordinaire (dans lequel le lecteur fait passer
ses émotions) mais elles sont chantées ou psalmodiées (cette tradition nous vient de
Le but essentiel de la parole liturgique est l’édification de
2.
2.1.
Lecture de
Pour
la lecture liturgique, on ne lit pas dans le livre unique que nous appelons
«
L’Apocalypse
et des parties importantes de l’Ancien Testament ne sont pas lues
liturgiquement selon l’Ordo en vigueur dans l’Eglise orthodoxe. Cela ne veut
pas dire qu’ils ne sont pas reconnus comme canoniques. Si un jour l’Eglise
le juge utile, elle pourra intégrer d’autres passages dans la lecture
liturgique.
C’est
donc ce qui est lu dans les services liturgiques (dans le contexte de la
fête ou du mystère qui est célébré) qui est déterminant pour la compréhension.
Quelques
précisions[1]
sur l’utilisation de chacun de ces trois livres (qui sont découpés
selon les passages lus au cours de l’année liturgique) :
-
Le Livre des Evangiles est déposé sur l’autel où il signifie la présence
du Christ. Nous avons un seul et même autel pour l’Evangile et pour
l’Eucharistie. L’Evangile est lu par le prêtre (ou le diacre). On l’écoute
debout, car c’est Jésus Lui-même qui nous parle directement. On commence la
lecture par l’Evangile de Jean dans le temps pascal, puis successivement
Matthieu, Luc et Marc dans le temps après
-
Le Livre des épitres (l’Apôtre) est déposé dans le sanctuaire (mais
pas sur l’autel). Il est lu par le diacre ou le lecteur, en commençant par
les Actes (lus dans le temps pascal) et en poursuivant dans l’ordre de
Remarque :
La lecture du Nouveau Testament est quasi intégrale au cours de l’année
liturgique. Elle est répartie sur tous les jours de l’année (sauf en Carême
où on ne lit le Nouveau Testament que les samedis et dimanches, qui sont les
jours liturgiques).
-
Le livre des Parémies contient les passages de l’Ancien Testament (la loi et les prophètes) lus aux vigiles des fêtes (Pâques, Noël,
Théophanie… et tous les mystères de l’économie du Christ pour notre
salut). On y trouve les prophéties qui annoncent l’avènement du Christ ainsi
que de nombreux épisodes qui préfigurent et préparent tout ce qui
s’accomplit dans le Nouveau Testament. C’est donc toujours le Christ que
nous cherchons dans toute le Bible.
La
veille de Pâques, pour prendre un exemple, nous lisons le franchissement de
Ce
livre contient aussi une grande partie des livres de
2.2.
Textes bibliques intégrés dans les offices
En
premier lieu, il faut mentionner les psaumes, qui sont la base de la prière chrétienne.
Tous les offices (la prière des Heures, mais aussi
En
plus des psaumes (sur lesquels je reviendrai § 4.1), un certain nombre de
textes sont intégrés comme parties fixes dans les offices :
-
Les cantiques bibliques dans les 9 Odes du Canon des Matines (cantiques de Moïse,
d’Anne, de Jonas, de Daniel…).
-
Les cantiques du Nouveau Testament (Béatitudes, Magnificat, cantique de Syméon…).
-
Je voudrais citer aussi la prière de Manassé, roi de Juda, qui est évoquée
dans le livre des Chroniques (Chr. 33, 13) mais dont le texte ne figure pas dans
les Bibles occidentales. C’est une très belle prière de repentir, que
l’Eglise orthodoxe a intégrée dans l’office de Complies. Voici un extrait :
« Dans l’abondance de ta compassion, Seigneur, qui regrettes les iniquités
des hommes, Tu as établi le repentir pour les pécheurs en vue du salut ».
Cette prière fait écho à la parole du Seigneur : « Ce que Je désire,
ce n’est pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive »
(Ez. 33, 11). Ces textes, liés à l’expérience de la confession et de toute
la vie spirituelle, interdisent pour les orthodoxes toute théologie de la prédestination
(comme cela a eu lieu dans le protestantisme, et déjà chez saint Augustin).
2.3.
Les prières formulées dans le langage de
Toutes
les prières de l’Eglise (prière eucharistique, tous les sacrements, prières
de repentir, prières avant la communion, et prières d’action de grâces ou
de demandes pour toutes les circonstances) se fondent sur le dessein éternel de
Dieu pour nous, tel qu’Il nous l’a révélé, avec le rappel de ses
promesses et de ce qu’Il a fait dans l’histoire. Elles sont en lien très étroit
avec
-
Comme premier exemple, voici un extrait de la prière eucharistique de
saint Basile (qui est un résumé de toute l’histoire du salut, de toute
« Ayant
façonné l'homme en prenant la poussière de la terre, l'ayant honoré, ô
Dieu, de ton image, Tu l'avais placé dans le paradis des délices en lui
promettant la vie immortelle et la jouissance des biens éternels dans
l'accomplissement de tes commandements. Mais quand il T'eut désobéi, à Toi le
vrai Dieu, son Créateur, qu'il eut été séduit par la fourberie du serpent et
mis à mort par ses propres fautes, c'est par ton juste jugement, ô Dieu, que
Tu l'as chassé du paradis dans ce monde et que Tu l'as renvoyé à la terre d'où
il avait été tiré, tout en préparant pour lui le salut de la nouvelle
naissance en ton Christ ; car dans ta bonté Tu ne T'es pas détourné à
jamais de la créature que Tu avais faite, et Tu n'as pas oublié l'œuvre de
tes mains, mais Tu l'as visitée de diverses façons dans la profondeur de ta
miséricorde. Tu as envoyé les prophètes, Tu as fait des prodiges par tes
saints qui, à chaque génération, Te furent agréables ; Tu nous as parlé
par la bouche de tes serviteurs les prophètes, pour nous annoncer le salut à
venir ; Tu nous as donné
Les
discours d’Etienne (Actes 7, 2-53) et de Paul (Actes 13, 16-41) ne font pas
autre chose que de rappeler toute l’histoire de l’Ancien Testament pour
montrer comment elle s’accomplit dans le salut en Christ.
-
Comme deuxième exemple, voici une prière pour la guérison des
malades :
« De
même que jadis tu as relevé de leur lit les malades et ceux qui étaient
atteints de blessures mortelles, comme la belle-mère de Pierre et le
paralytique porté sur son grabat, de même aujourd’hui, ô Miséricordieux,
visite et guéris ce malade ; car seul Tu as pris sur toi les maladies et
les souffrances des hommes, et rien ne t’est impossible, ô Très-miséricordieux. »
3.
La question de l’interprétation
Dans
l’Eglise orthodoxe, il n’y a pas de magistère
qui donnerait l’interprétation juste. Nous prêchons
L’orthodoxie
ne rejette pas les méthodes d’exégèse moderne. Mais c’est la compréhension
patristique, et telle qu’elle s’exprime dans
Utiliser
les instruments disponibles, oui, mais seulement dans le but de mieux pénétrer
l’intelligence des Ecritures, l’intelligence du mystère du Christ,
comme dit saint Paul dans l’Epitre aux Ephésiens (Eph. 3, 4).
Cette
méthode de lecture est légitimée par
Le
Nouveau Testament est une lecture typologique de l’Ancien : les événements
du passé biblique sont vus comme des préfigures qui annoncent ce qui sera
accompli dans le futur, et l’actualisent par avance.
Voici
quelques exemples (les deux premiers sont donnés par Jésus Lui-même) :
Le
signe de Jonas :
« De même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un
grand poisson, de même le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans
le sein de la terre. » (Matth. 12, 40)
Le
serpent d’airain :
« Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que
le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. »
(Jean 3, 14-15)
Le
rocher
(un exemple donné par Paul) : « Frères, je ne veux pas que vous
ignoriez que nos pères ont tous été sous la nuée, qu'ils ont tous passé au
travers de la mer, qu'ils ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et
dans la mer, qu'ils ont tous mangé le même aliment spirituel, et qu'ils ont
tous bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui
les suivait, et ce rocher était le Christ. » (1 Cor. 10, 1-4)
Un
exemple de passage interprété par Pierre comme prophétie de
Remarque :
Pierre suit ici
Les
commentaires des Pères
continuent cette lecture typologique. Jean Chrysostome, dans son commentaire
sur Isaïe[2],
justifie la lecture typologique lorsqu’elle est déjà contenue ou suggérée
dans le texte (conformément à l’école d’Antioche, et contrairement à
celle d’Alexandrie, il n’était pas partisan d’aller trop loin dans
l’allégorie).
Ainsi,
à propos du Cantique d’Isaïe sur la vigne : « Je chanterai
pour mon bien-aimé le cantique de mon ami pour ma vigne. Mon bien-aimé avait
une vigne sur un coteau fertile. Je l’ai entourée d’une clôture, j’y ai
mis une palissade. J’ai planté une vigne de bonne souche. J’ai édifié une
tour, et en son milieu un pressoir. J’ai attendu qu'elle donnât du raisin,
mais elle donna des épines. Et maintenant, homme de Juda et vous qui habitez Jérusalem,
soyez juges entre moi et ma vigne. (…) La vigne du Seigneur Sabaoth, c'est
la maison d'Israël, et l’homme de Juda, c'est le jeune plant bien-aimé.
J’ai attendu de lui du discernement et il a commis l’iniquité ; au
lieu de la justice, voilà des cris ! » (Is. 5, 1-7)
Jean
Chrysostome commente
ainsi : « Ici, nous trouvons encore un autre enseignement : de
nous apprendre quand et pour quels passages des Ecritures il faut recourir à
l’allégorie, de nous apprendre que nous ne sommes pas maîtres de ces règles,
mais que c’est dans la fidélité à la pensée de l’Ecriture qu’il nous
faut user de l’explication allégorique. Voici ce que je veux dire.
L’Ecriture a employé ici les mots vigne, pressoir, clôture, elle n’a pas
laissé l’auditeur maître d’appliquer à sa guise ces termes à des choses
et des personnes, mais elle s’est ensuite interprétée elle-même en disant :
La vigne du Seigneur Sabaoth, c’est la maison d’Israël. »
Remarque :
Le thème de la vigne se retrouve dans le psaume 79 ainsi que dans la parabole
des vignerons homicides (Matth. 21, 33-42). Tous ces textes sont à comprendre
ensemble. Ils renvoient aussi au jardin du Paradis, ainsi qu’à l’Eglise
(cf. le psaume 79 dans la liturgie pontificale) qui est révélation du Royaume.
Cette
lecture typologique des Pères est passée dans l’hymnographie byzantine.
Voici par exemple un chant pour la fête de l’Annonciation : « Gabriel
se présenta devant toi, jeune Vierge, pour te révéler le dessein d'avant les
siècles. Il te salua en disant : Réjouis-toi, terre non ensemencée, réjouis-toi,
buisson ardent, réjouis-toi, profondeur insondable, réjouis-toi, pont qui mène
au ciel, échelle élevée que vit Jacob, réjouis-toi, vase divin qui contient
la manne, réjouis-toi, délivrance de la malédiction, réjouis-toi, libération
d'Adam, le Seigneur est avec toi. »
Le
buisson ardent, le vase qui a contenu la manne, l’arche d’Alliance, l’échelle
de Jacob… sont des thèmes classiques utilisés dans les fêtes mariales.
Ainsi
le Buisson ardent (le feu qui ne consume pas le buisson, cf. Ex. 3) est
une figure de la maternité virginale, de la conception et de l’enfantement
qui ne détruisent pas la virginité de
3.2.
Le problème des traductions
Il
faut rappeler que pour l’Eglise orthodoxe, comme pour l’Eglise primitive, le
texte de référence pour l’Ancien Testament n’est pas l’hébreu, mais la
version grecque des Septante (traduction établie à Alexandrie au 3e
siècle avant Jésus-Christ pour les juifs dispersés qui ne comprenaient plus
l’hébreu). Le problème ne se pose pas pour le Nouveau Testament, dont
l’original est le texte grec pour tout le monde. Saint Jérôme (au début du
5e siècle) s’était déjà servi de manuscrits hébreux
(aujourd’hui disparus) pour sa traduction latine (
Lorsqu’il
y a divergence (les cas ne sont pas rares), c’est la septante qui est considérée
comme traduction inspirée, dans le sens d’un progrès vers l’Evangile.
Nous
avons déjà vu l’exemple du psaume 15 : « ma chair reposera
avec espérance ». Un autre exemple me semble intéressant :
celui de la prophétie d’Isaïe lue à
Voici
la traduction d’après le texte hébreu (Is. 7) : « 14 C'est
pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici, la jeune
fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom
d'Emmanuel. »
Je
n’insisterai pas sur le cas bien connu de ce verset : la « jeune
fille » du texte hébreu devient la « Vierge » dans
Mais
la suite paraît bien obscure dans l’hébreu : « 15 Il mangera de
la crème et du miel, jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien.
16 Mais avant que l'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le pays dont
tu crains les deux rois sera abandonné. »
Voici
maintenant la traduction d’après
Dans cette version, et avec
le commentaire de Saint Jean Chrysostome, la prophétie prend tout son
sens. Prophétisant la naissance virginale du Seigneur (v. 14), Isaïe indique
l’origine divine de l’enfant qui doit naître, ce qu’il confirme par ce
nom d’Emmanuel (Dieu est avec nous). En ajoutant qu’il mangera du beurre et
du miel (v. 15), il parle de sa nature humaine. Puisque l’enfant mis au monde
n’est pas seulement un homme, ni seulement Dieu, mais Dieu dans un homme, le
prophète diversifie son discours, parlant tantôt d’un aspect, tantôt de
l’autre. La fin du verset 15 et le début du verset 16 précisent que,
contrairement à tout homme qui vient dans ce monde, il s’écartera du mal
avant même d’en avoir fait l’expérience, autrement dit que, dès
l’origine, il est pur de tout péché. Il assume l’intégralité de la
nature humaine, hormis le péché, comme Il le dit lui-même : « Qui
me convaincra de péché ? » (Jean 14, 30).
Ainsi, en quelques mots,
les principaux aspects de la théologie chrétienne sont annoncés : né de
4.
Certains
d’entre vous ont peut-être vu le très beau film « L’île » de
Pavel Lounguine : dans un monastère orthodoxe, sur une île au nord de
Je
voudrais terminer par quelques considérations sur ces deux formes de prière.
Dans
les monastères, la vie quotidienne est rythmée par la prière des Heures
(Vêpres, Matines, Prime, Tierce, Sexte, None…). Tous les fidèles ne suivent
évidemment pas cette règle, mais ils peuvent s’en inspirer, en l’adaptant,
pour élaborer leur propre règle de prière.
Ces
offices sont structurés essentiellement autour des psaumes. Il y a d’une part
des psaumes fixes dans chaque office. Et d’autre part, le psautier est découpé
en vingt cathismes prévus pour une
lecture complète répartie sur la semaine. Chaque cathisme
compte en moyenne 7 ou 8 psaumes, selon leur longueur, ce qui correspond environ
à un quart d’heure de lecture.
Les
psaumes sont donc toujours la base de la prière chrétienne :
-
Les psaumes sont constamment cités dans le Nouveau Testament, y compris dans la
bouche de Jésus. Les psaumes sont la prière du Christ, ils nous parlent du
Christ, et par eux nous prions le Christ.
-
Pour Paul, la prière consiste en « psaumes, hymnes et cantiques
spirituels » (Eph. 5, 19 ; Col. 3, 16). Pour Jésus, les Ecritures
(qui parlent de Lui), c’est «
Importance
de la traduction
Pour
prier avec les psaumes, encore convient-il de disposer d’une traduction qui
s’y prête[3].
Or il faut bien constater que ce n’est pas toujours le cas : en lisant
les psaumes dans certaines bibles, on voit que le traducteur ne l’utilise pas
pour prier. La façon de lire a aussi son importance : nous préférons le
mode recto-tono, ou psalmodié avec sobriété.
Quelques
exemples de psaumes :
« Vers
Toi, Seigneur, j’élève mon âme ; mon Dieu, en Toi je mets ma
confiance… » (Ps. 24)
« Dieu,
mon Dieu, pour Toi je veille dès l’aurore, mon âme a soif de Toi… »
(Ps. 62)
« De
ma voix, j'ai crié vers le Seigneur, de ma voix, j'ai crié vers Dieu, et Il
m'a prêté attention. Au jour de ma tribulation, j'ai cherché Dieu ; j'ai
tendu les mains vers lui dans la nuit, et je n'ai pas été déçu ; mon âme
a refusé toute autre consolation… » (Ps. 76)
« Il
est bon de confesser le Seigneur, et de chanter ton Nom, ô Très-Haut, pour
annoncer au matin ta miséricorde, et ta vérité durant la nuit… » (Ps.
91)
« Venez,
réjouissons-nous pour le Seigneur, acclamons Dieu notre Sauveur. Allons en sa
présence en Le confessant, acclamons-Le par des psaumes … » (Ps. 94)
« Seigneur,
exauce ma prière, et que mon cri parvienne jusqu'à Toi. Ne détourne pas de
moi ta Face ; au jour où je suis dans l'affliction, incline vers moi ton
oreille ; au jour où je vais T'invoquer, hâte-Toi de m'exaucer… »
(Ps. 101)
« Bénis
le Seigneur, ô mon âme, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint
Nom… » (Ps. 102)
« Seigneur,
exauce ma prière, prête l'oreille à ma supplication en ta vérité,
exauce-moi en ta justice et n'entre pas en jugement avec ton serviteur, car nul
vivant ne sera justifié devant Toi… » (Ps. 142)
Où peut-on trouver mieux comme prière ?
4.2.
La prière du Nom de Jésus
La
prière de Jésus est très pratiquée dans le monde orthodoxe. Elle consiste à
invoquer le nom de Jésus de manière répétée en une courte formule (d’où
le nom de prière monologique :
une seule parole). La formule habituelle est : « Seigneur Jésus
Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur ». L’avantage est
qu’on peut la dire à tout moment, que l’on soit occupé ou non.
Le
principe de l’invocation continuelle est biblique : « Priez
sans cesse » (1 Thess. 5, 17). « Je répandrai mon esprit sur toute
chair ; vos fils et vos filles prophétiseront… Alors quiconque invoquera
le nom du Seigneur sera sauvé. » (Joël 2, 28-32, cité par Pierre dans
son discours de
Et
de fait, l’invocation du Nom du Seigneur traverse toute
« Seth
(fils d’Adam) eut aussi un fils, et il l'appela du nom d'Enosch. C'est alors
que l'on commença à invoquer le nom du Seigneur. » (Gen. 4, 26)
« Et
David fit monter l'arche de Dieu, devant laquelle est invoqué le nom du
Seigneur des armées qui réside entre les chérubins au-dessus de l'arche. »
(2 Sam. 6, 2)
« Et
vous direz en ce jour-là : Louez le Seigneur, invoquez son nom, publiez
ses œuvres parmi les peuples, rappelez la grandeur de son nom ! »
(Is. 12, 4)
« Et
j'ai invoqué le Nom du Seigneur : Seigneur, délivre mon âme ! »
(Ps. 114, 4)
« Que
rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu'il m'a rendu ? Je prendrai la coupe
du salut, et j'invoquerai le nom du Seigneur. » (Ps. 115, 3-4)
L’un
des noms préférés de Dieu est « Seigneur » : « Qu’ils sachent que ton Nom
est Seigneur, Toi le seul Très-Haut
sur toute la terre » (Ps. 82, 19). C’est l’équivalent ici du Tétragramme
hébraïque YHWH (Yodh, Heh, Wav, Heh), que certaines Bibles modernes
transcrivent sous la forme « Yaveh », mais que les juifs
s’interdisent de prononcer et remplacent par « Adonaï ». Les
Bibles protestantes traduisent par « l’Eternel ». Mais
A
partir du Nouveau Testament, le Nom de Dieu est aussi « Jésus ».
Lorsque les prêtres du Temple de Jérusalem demandent au nom de qui il fait des
guérisons, Pierre répond : « C’est au nom de Jésus-Christ… Car
il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes,
par lequel nous devions être sauvés. » (Actes 4, 10-12)
En
effet, le Tétragramme signifie : « Je suis Celui qui est » ou
« mon nom est Je suis ».
C’est la réponse de Dieu à la question de Moïse devant le Buisson Ardent :
« Quel est ton Nom ? » (Ex. 3, 13-14). Et Jésus reprend ce Nom
à son compte : « Avant qu’Abraham fut, Je
suis » (Jean 8, 58). L’identification de Jésus avec le Dieu qui
s’est révélé à Moïse est indiquée sur les icônes par les trois lettres
grecques dans la croix de l’auréole du Christ : « ὁ
ὤν »,
c’est-à-dire : « Celui qui est ».
Les
Actes des Apôtres parlent de « ceux qui invoquent le nom du Seigneur Jésus »
pour désigner les chrétiens (Act. 9, 14 ; 9, 21 ; 19, 13 …). Et
Paul s’adresse « à tous ceux qui invoquent en quelque lieu que ce soit
le nom de notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Cor. 1, 2).
La
formulation de la prière de Jésus est biblique elle aussi. Il s’agit
d’une contraction de la prière de l’aveugle de Jéricho « Jésus,
Fils de David, aie pitié de moi » (Luc 18, 35-43) et de la prière du
Pharisien « Ô Dieu, aie pitié de moi pécheur » (Luc 18, 17).
C’est
une formule développée d’une prière plus archaïque : « Kyrie
eleison » (Seigneur, aie pitié, ou fais-nous miséricorde, ou donne-nous
ta grâce). Le Kyrie eleison qui reste la prière de l’Eglise dans les
litanies (le prêtre ou le diacre annonce l’intention de la prière, et le
peuple répond par la prière : Kyrie eleison).
Quel
est l’intérêt, quel est le but de cette invocation continuelle ?
C’est d’être habité par Dieu.
En
conclusion, si j’ai dû au départ reformuler la question «
[1]
Cf. Mgr Gabriel de Comane :
[2]
Jean Chrysostome : Commentaire
sur Isaïe. Sources Chrétiennes n° 304. Cerf 1983.
[3]
Nous recommandons la traduction du père Placide Deseille : Les
Psaumes, Prières de l’Eglise. Le psautier des Septante. YMCA-Press.
Paris 1979.